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Vendre au prix correct pour se payer justement

La première fois, ça m’a fait vraiment tout drôle, on m’avait dit « ok pas de problème, on te fait un cachet à 200 € ». Quelques semaines plus tard, une fois le concert effectué, je reçois le règlement et la fiche de paye. Montant du chèque : 93,60 €. 

J’ai mis quelques instants à percuter et à comprendre ce qui s’était passé. On ne peut pourtant pas dire que ce soit complètement une découverte pour moi. J’ai été salarié pendant une bonne dizaine d’années. Je suis normalement apte à comprendre la différence entre un salaire net et un salaire brut. Ayant également été entrepreneur, je devrait pouvoir comprendre la différence entre un chiffre d’affaire et un budget disponible pour les salaires. Néanmoins, c’était la première fois que j’étais mis en face du fait que cette petite mécanique agit AUSSI dans le milieu de la musique et dans mes prestations de musiciens.

Je trouve particulièrement important de comprendre ce phénomène dans deux cas : la définition d’un prix de vente et l’estimation du montant perçu. 

L’estimation du montant perçu nous intéresse lorsque le prix d’un spectacle est défini. Un diffuseur nous dit, par exemple, « ok je vous achète, mon budget est de 800 € tout compris. » Il va bien falloir d’une manière ou d’une autre savoir ce qu’on va faire avec cet argent et si « ça passe » ou pas. 

salaire - sousLe même problème peut être posé dans l’autre sens. Par exemple, si je considère que chaque musicien souhaite avoir dans la poche 120 € net après chaque date, il y a tout un cheminement rigoureux à mener pour que je puisse en fin de compte faire une offre cohérente et définir le prix que j’annoncerai au client. Cela se complique un peu plus lorsqu’il s’agit de discuter d’une éventuelle ristourne commerciale. 

Je vous décris donc ci-dessous l’ensemble des postes qu’il faut intégrer dans un tel calcul.

Définir un prix de vente

Cela devrait, pour toute création, être effectué dès le début du projet. Il est assez facile de savoir, lorsqu’on réunit un groupe de personnes, combien chacun souhaite être payé pour son travail. Je parle bien entendu ici du travail « artistes sur scène », c’est-à-dire le montant du cachet net. Prenons un exemple, et considérons un groupe de 3 musiciens. Chacun d’entre eux souhaite obtenir 120 € net par date.

Ce sera notre point de départ : salaire net =  120€ (soit 360€ pour 3 musiciens)

Il s’agit de salaire net. Comme pour tout salaire, on fait porter dessus les charges dites salariales, c’est-à-dire l’ensemble des cotisations (chômage, vieillesse, formation, etc.) qui sont à la charge du salarié. En me basant sur une fiche de paye antérieure, je peux estimer le taux de ces cotisations, et en déduire le montant du salaire brut. (Je peux aussi les calculer précisément avec ce genre d’information).

Dans notre exemple : salaire brut = salaire net (120 €) + charges salariales (36 €) = 156€ (soit 468 € pour 3 musiciens)

Par ailleurs, mon salaire me sera payé par une structure de diffusion. Cela peut être mon association de production, la compagnie qui m’emploie, une structure de portage, etc. Dans tous les cas, cette structure devra payer les charges patronales, qui sont les cotisations sociales réglées par l’employeur. Le montant est également un pourcentage du salaire versé. Là aussi, se baser sur une fiche de paie antérieure est un bon moyen d’estimer un taux . 

Dans notre exemple :  salaire net + charge salariales + charges patronales = 120 + 36 + 84 = 240 € (soit 720 € pour 3 musiciens)

Ce montant représente le budget salaire, c’est-à-dire ce que coûte le poste salarial à la structure qui vend le spectacle.

On n’en a pas fini néanmoins, car il peut y avoir d’autres « charges » que les cotisations sociales. Je vous en cite deux exemples : 

  • Les frais : pour chaque date, les frais sont soit supportés par la structure de production, soit facturés au client. Ils peuvent être très divers : frais de transport, de nourriture, de publicité, etc. Le montant est très variable selon les situations. Prenons dans notre exemple un montant de frais transport de 100 €, et ajoutons 20 € de frais de publicité (affiches, flyers, pub Facebook, etc.)
  • La cagnotte : ce n’est pas un terme officiel, on pourrait appeler ça la marge brut du diffuseur, ou encore le trésor de guerre. Il s’agit de l’argent que l’on souhaite prélever sur la somme récoltée à chaque date et qui reste dans le pot commun. Ce montant cumulé pourra servir, par exemple, à compenser une date moins bien vendue à financer un prochain spectacle. Ce montant de cagnotte peut être défini soit en fixe (par exemple 30€ / date) ou en montant variable (par exemple 10% du montant facturé de chaque date). Prenons, pour notre exemple, 50€ pour chaque date

On obtient ainsi un montant total en reprenant les différents postes que nous avons identifié. 

Montant total = salaire net + charge salariales + charges patronales + frais + cagnotte = 894€

Ce montant total représente alors le prix de vente hors taxe.

Un dernier intervenant doit encore s’alimenter la dessus : l’État. Là aussi, les situations sont variables selon la structure porteuse et le client. Le cas le plus courant est la vente à un taux réduit de TVA soit 5,5% pour les spectacles. On obtient alors le prix de vente TTC, soit 943€.

Résumons tout ça : salaire - calculateur On voit donc que pour rémunérer trois musiciens à 120€ net (avec les hypothèses de frais et cagnotte que nous avons retenues), il faut vendre le spectacle au tarif de 943€ TTC. C’est sur cette base que l’on pourra à la fois définir une politique commerciale, imaginer d’éventuelles remises, voire questionner la viabilité d‘un projet. 

Définir un salaire

Nous nous intéressons ici au cas inverse. L’acheteur du spectacle nous a donné un certain budget et nous voulons savoir si nous pourrons nous payer correctement.

salaire - calculateur 2

Prenons l’exemple d’un restaurant qui vous annonce : « Moi, j’ai 400€ tout compris pour cette date ». On parle bien sûr ici d’un restaurant honnête, qui vous fait un contrat dans les règles et non pas de travail au noir.

Faisons le cheminement inverse de celui que nous avons fait précédemment.

On considère un spectacle facturé à 400€ TTC, on obtient le montant HT (379,15 €) duquel on déduit les éventuels frais (120€). On obtient ainsi le budget salaire disponible, soit 209,15€.

En poursuivant, on obtient  un salaire net pour 1 musicien de 104€. Et si vous jouez à deux, ce sera 52€ par personne

Notons également, que les conventions collectives du spectacles vivants (mettre un lien) mentionnent un montant minimum de cachet brut (par exemple 103 € environ pour la convention SYNDEAC).

On voit donc dans le cas ci-dessus qu’il n’est pas possible d’assurer cette date à deux musiciens, le montant de salaire brut étant alors inférieur à celui requis par la Convention Collective. 

Être clair sur les termes

Je reprends mon exemple du début. Mon employeur m’annonce « On est d’accord, tu auras un cachet à 200€ ». Maintenant que nous avons décomposé tous les différents étages, on comprend bien que l’information « un cachet à 200€ » est complètement insuffisante. Selon le point de vue, cela pourra vouloir dire : 

  • tu auras un cachet 200 € net : c’est le point de vue du musicien (j’aurai 200€ à la fin du spectacle).
  • tu auras un cachet 200 € brut : c’est le point de vue de Pôle Emploi, qui me demande de déclarer mes revenus bruts. En réalité, j’aurai un chèque de 153 € net.
  • Nous te consacrons un budget salaire de 200€ : c’est le point de vue du producteur, qui parle en « coût employeur ». En réalité, j’aurai un chèque de 80€ net.

Les écarts sont loin d’être anodins. Pour la bonne compréhension, il est donc très important d’être précis sur les termes pour ne pas avoir de mauvaise surprise lors de la réception des règlements.

Conclusion : Comment faire ?

Certaines institutions proposent des « calculettes » vous permettant d’évaluer plus ou moins rapidement la relation entre un prix de vente et le montant de salaire net que vous aurez à la fin. 

Voici, par exemple le lien vers celle du GUSO, si vous avez un numéro d’adhérent. Néanmoins, il peut être beaucoup plus simple de se fabriquer une petite calculatrice personnelle sur un tableur afin d’estimer très rapidement les montants qui seront en jeu. Souvent, il n’est pas nécessaire d’être extrêmement précis, car on a simplement besoin de savoir si on accepte une date (ou pas). A la longue, je me suis élaboré une petite calculette que je mets à votre disposition si vous le souhaitez :

Je veux le calculateur de cachet !

Quelque soit la solution technique que vous retenez, l’essentiel est de conserver la conscience de cet enchaînement de charges et de prélèvements. Elle impacte directement la mécanique salariale à l’oeuvre dans le spectacle vivant. C’est un gage essentiel de sérénité pour tout le monde, mais également la garantie d’être payé comme on a envie de l’être. 

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